
Tremblante, Amy
pose une main parcourue de spasmes quasi incontrôlables sur
la poignée, qu’elle actionne lentement. A travers
l’entrebâillement, c’est d’abord
l’odeur rance et tenace du sang chaud qui la prend à
la gorge. Elle parvient à réprimer in-extremis un
haut le cœur et observe l’ébauche de la
scène qui vient de se figer devant elle. Ce sang, elle est
sûre que c’est celui de sa mère. Elle a peur,
mais ne parvient pas à sombrer dans la folie de la panique.
Un semblant de lucidité encore bien encré dans son
esprit affolé, elle pousse cette fois-ci le battant de la
porte, qui se trouve désormais grande
ouverte.

Le spectacle qui se déroule
devant ses yeux est étrange. Presque irréel. Les
rôles semblent inversés, les corps immobilisés
en des endroits où ils n’auraient pas dû
être. Encore une fois leur conversation s’est
envenimée, encore une fois, le coup porté par son
père a atteint sa cible de plein fouet. Mais cette fois-ci,
ce n’est pas le corps endolori et meurtri de Mme Andrews qui
git lamentablement au sol... Pataugeant dans sa propre mare de
sang, toute la violence brute de l’homme qui se disait
être son père venait à jamais de
s’évaporer. La tête fracassée,
étendue près du rebord ensanglanté de la
gazinière, et le corps immobilisé dans une position
grotesque reflètent la réalité de
l’instant. Pour la première fois depuis bien
longtemps, leur mère s’est rebiffée. Pour la
première fois depuis bien longtemps, elle a su
réapprendre à dire non… L’esprit
tourbillonnant de questions, Amy comprend. Sa mère vient de
sauver sa propre vie, au détriment d’une autre. Il
fallait bien que cela arrive un jour après tout.
C’était l’un, ou
l’autre…

Des bruits de pas rapides se
rapprochent de plus en plus, et sous le regard doublement surpris
d’Amy et celui, totalement perdu de Mme Andrews, une
frêle silhouette se dessine derrière la porte de la
pièce. Plus pâle que le cadavre allongé
pitoyablement au sol, Tyler dévisage tour à tour sa
sœur, puis sa mère, laissant de temps à autre
son regard se figer sur le corps qui git sur le carrelage frais.
L’innocence perd soudain de sa pureté, la
jovialité de sa sincérité. En l’espace
d’une demi-seconde, le monde derrière lequel il
s’était construit vient subitement de
s’écrouler… Puisque l’enfant n’est
pas à même de comprendre les raisons qui sont à
l’origine de ce brusque désordre sentimental, son
regard lui, ne se satisfait que d’une seule et une unique
chose : ces deux corps, l’un chaud et vivant et
l’autre froid et bientôt rigide. Il ne comprend pas, et
n’arrive même pas à échafauder
l’ébauche d’une réponse. Tout ce
qu’il conçoit réellement, c’est que
quelque chose vient à jamais de se briser. La pureté
d’une enfance perdue, à jamais gâchée par
celle même qui lui a donné le jour. Ni pourquoi, ni
comment. Seulement une scène de laquelle découle une
infinité de solutions. Mais il n’arrive
qu’à en retenir qu’une.
Meurtrière…

L’enfant grandit trop vite. Il
s’égard, trébuche sur son chemin. Se
perd…
Tente de s’abandonner à la seule réalité
qui le raccroche à ce monde. Sa
sœur…
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Date de création : 01/02/08 / Dernière mise à jour : 12/11/09 18:25 / 157 articles publiés


* [inventage de mots prématuré x'D]

choosie
mer 02 jui 2008 11:59