
Tyler ouvre brusquement les yeux et
observe avec surprise l’endroit dans lequel il se trouve,
adossé au canapé clair. De devoir se replonger ainsi
dans le passé ne lui fait plus vraiment mal. Il y a bien
longtemps qu’il s’est accommodé de cette douleur
étrange.
L’enfant qu’il était a fait place à
l’adulte bien trop tôt. Bien trop rapidement. En bien
peu de temps, il a appris à haïr, mépriser et
rejeter ce lien maternel. Il lui fallait un responsable. Un moyen
matériel et physique pour se raccrocher à cette
vérité ténue. Tout ça par simple manque
de discernement. Par pure cécité infantile. Au bout
du compte, il n’a su que se murer dans
l’atrocité du moment, et n’a jamais pu en
sortir. Désormais, il était sans doute trop
tard…Etrangement, il avait réussi, dans
l’espace d’une même journée à
perdre à la fois un père, et une mère.
Définitivement oublier la présence de l’un, et
la confiance qu’il avait placée en
l’autre.

Tracassé par cette soudaine
bouffée mélancolique, il se relève avec la
lenteur de celui qui ne sait pas encore que faire de ses
journées. Ni cours, ni boulot et la soirée qui
approche à grands pas… Sans vraiment s’en
apercevoir, il devine qu’il va encore passer sa nuit
accoudé au premier bar venu, à boire comme un
alcoolique de bas étage. Après tout, c’est sans
doute l’une des seules choses qu’il arrive encore
à faire dans sa plénitude. Une petite
échappatoire dans le chaos d’une vie. Rien de plus, et
rien de moins…

Excédé par la lenteur
de ses gestes, ralentis par ses muscles endoloris, il se force
à accélérer le pas. Il s’empare des
clefs de la voiture qui traînent sur
l’étagère de l’entrée et
s’engouffre par l’ouverture laissée par la porte
entrebâillée. Il se demande bien encore pourquoi il
s’échine à utiliser le véhicule pour se
rendre en ville, sachant pertinemment qu’une nouvelle fois,
il serait totalement incapable d’en reprendre le volant et
devrait appeler un taxi… La seule chose lucide qu’il
était encore et toujours en mesure d’effectuer. Il ne
sait ni pourquoi, ni comment d’ailleurs. Enfin si, il sait.
Mais se force à rejeter cette idée loin. Très
loin, à l’abri derrière ses sautes
d’humeur et ses froides colères
répétitives…

L’enfant pleurait, désormais
l’adulte se tait.
L’enfant gémissait, maintenant l’adulte
méprise.
L’enfant extériorisait, dorénavant
l’adulte encaisse.

Il se contente de sombrer.
L’océan de sa folie n’a sans doute plus de
limite et il s’en moque éperdument. Tout ce qui
l’importe désormais, c’est de montrer à
la face du monde que la vie n’est qu’une enflure.
Qu’un déchet bon à être à jamais
oublié par tous ceux qui l’ont subi. Sa descente aux
enfers a été volontairement choisie. Un choix
délibéré, guidé par les tristes
aléas d’une vie. Une faute attribuée à
l’une, une promesse oubliée par une autre, par la
faute d’une autre. Sa vie, il l’a passée
à être trahi par des femmes. Il trouve bien normal
qu’il leur rende la pareille. C’est juste dans
l’ordre des choses. Une situation
désespérément absurde, dans un monde
pitoyable…
Le
sien…
Accueil
Date de création : 01/02/08 / Dernière mise à jour : 12/11/09 18:25 / 157 articles publiés



marine
jeu 08 mai 2008 18:56