
- Ça t’amuse sans doute de
vouloir jouer les fumiers intouchables…
Il éclate spontanément d’un rire
dénué de joie.
Aucune chaleur, aucune réaction humainement possible.
Un robot commandé par quelque chose qui ne peut être
vu, et qui ne le sera sans doute jamais. Après tout,
à chacun ses vilains petits secrets.
- Je ne te demande pas d’être ma psy, juste de fermer
ton claque merde et de te retourner à tes pitoyables
gribouillages de primaire. Tu penses que c’est à ta
portée ?

Je ne trouve rien à répliquer. Le trou, le
vide total. Pour la première fois de ma vie je suis
entièrement démunie face à quelqu’un que
je rêve pourtant de voir pourrir en enfer. Devant mon manque
évident de répartie, je me retiens de lui balancer un
doigt d’honneur des plus fourbes, mais cette idée
totalement immature meurt dans mon esprit avant même
d’avoir pu finalement voir le jour. Il me dédie un
dernier regard haineux et quasi expéditif pour ensuite se
replonger dans la lecture de son journal, qui ne semble pourtant
guère le passionner. A contre cœur je
tente de me concentrer une nouvelle fois sur mes exercices.
Je n’en reviens pas, j’obéis bien
sagement.
Pas la moindre tentative d’affront ou de réplique
mordante.
Est-ce vraiment moi ? Cette chose qui plie sans tenter de
l’ouvrir impunément ? Il semblerait oui. Je dois
vraiment être fatiguée aujourd’hui pour tout
encaisser sans vouloir répliquer. Fatiguée ou bien
blasée.

Je tente encore quelques instants de
me concentrer pour finalement écrire quelques
misérables lignes. Il faut que je me rende à
l’évidence, je suis tout bonnement incapable de
travailler cet après-midi. Je n’en ai aucune envie, et
ma volonté semble avoir fondu comme neige au soleil. Je
n’ai décidément plus rien à foutre ici,
tant pis pour les conséquences ou les représailles.
Je m’en moque éperdument, je n’ai pas le
courage
d’affronter un texte supplémentaire.
Sans le moindre mot prononcé, je pousse ma chaise et me
lève avec grand bruit, sous le regard guère surpris
de Tyler qui se contente de m’observer, en simple spectateur.
Un sourire méprisant se fige sur ses lèvres. Il se
fiche pas mal que je sois en train de me tirer. Je dirais
même plus que ça l’indiffère
complètement. Tant mieux...
Sans un dernier regard en arrière, je disparais après
avoir brusquement claqué la porte. Je crois bien que
j’ai besoin de réfléchir.
De m’aérer…















