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-57-  posté le samedi 15 mars 2008 23:15




Elle avait lâché cette phrase comme elle aurait demandé le temps. Une simple constatation, un fait sur lequel son influence est inexistante. Tout comme durant une simple promenade un jour d’orage, elle subit. Elle encaisse, sans broncher.

- Et ? Ai-je tenté de l’inciter à m’en dire davantage.

- Et rien, je lui ai raccroché au nez quand il a commencé à me parler de réservation de chambre à l’hôtel.

Son air maussade et renfrogné m’indique pourtant que ce coup de fil la perturbe bien plus qu’elle ne veut l’admettre. Quelle idée stupide d’être tombée amoureuse d’un homme marié…
Je lui souris avec chaleur et m’installe sur le canapé, de telle façon quelle puisse laisser sa tête reposer librement sur mes genoux.


- Tu mens mal, ai-je soufflé.






Un sourire triste s’étale sur son visage à la peau pâle, et elle chasse machinalement une mèche de cheveux qui lui retombe négligemment devant les yeux.

- Il est venu n’est ce pas ?

Elle acquiesce silencieusement d’un bref hochement de tête. Par habitude, je pousse un soupir de désespoir dont elle ne s’offusque pas. J’ai déjà vécu cette situation tellement de fois que j’en viens à me demander si mes soupirs ne sont pas devenus instinctifs.

- Et quand je pense que tu te permets de me donner des conseils sur ma vie amoureuse, alors que la tienne est quinze fois pire. Pense sérieusement à changer de filtre d’amour, ça ne te réussi vraiment pas.

- Je lui ai dit que c’était la dernière fois…

Je retiens une irrépressible envie de lui balancer un cinglant « mais bien sur », avant de me mordre immédiatement l’intérieur de la joue pour faire taire mes habituelles répliques désagréables.

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-58-  posté le samedi 15 mars 2008 23:45




- On est de sacrés cas, hein ? Ai-je finalement demandé après une minute de silence commune.

Elle acquiesce d’un bref signe de tête et demeure le visage fermé.

- Plutôt oui. Entre la chieuse insensible et irascible et l’amoureuse incomprise à tendance dépressive, le monde n’est pas au bout de ses peines, souffle-t-elle en étouffant un petit rire.

Un petit hoquet de surprise me fait brusquement sursauter.

- Insensible ? Tu ne crois pas que tu exagères un peu ?

- A peine, réplique-t-elle avec un sourire en coin.





Lentement elle prend appuie sur ses bras et se relève avant de fixer sur moi ses beaux yeux bleus dans laquelle brûle cette éternelle étincelle d’espoir.
Cette envie de vivre à la lumière éternellement vacillante, mais bien présente.

- Ma Kay, ce n’est pas en passant pour une fillette sans cœur que tu risques d’améliorer tes problèmes relationnels tu sais.

- Depuis quand est-ce toi qui donnes des cours de savoir vivre ? L’ai-je questionnée.

- Allez ma vieille, laisse toi vivre un peu. Je n’ai pas envie que tu deviennes comme moi, vieille et aigrie avant l’âge.

J’éclate d’un petit rire nerveux.

- T’as raison mémé, ‘va falloir penser à te ménager.





Elle s’empare immédiatement d’un coussin qu’elle me balance au visage avec violence et sans le moindre remord.

- Ce n’est pas non plus une raison pour que je te laisse me traiter de vieille peau sans réagir. Mémé comme tu dis, à encore de la ressource. Tu vas tâter de ma technique de self-défense !

Une vague d’assaut me cueille au creux de l’estomac et une irrésistible envie de rire à en pleurer s’empare de moi. La joie ne se contrôle pas, et c’est bien dommage.

- Allez, on se décrispe, s’écrie-t-elle en me lançant en pleine tête son arme qu’elle empoigne toujours à pleine main.





Je tente de lui subtiliser l’objet de mes tourments mais sans succès, et me vois alors dans l’obligation de me rabattre sur le premier coussin qui me tombe sous la main, pour finalement lui balancer à mon tour dessus sans la moindre once de pitié.

- Tu vas voir ce qu’elle te dit la sans cœur, mémé !

Nous éclatons de rire et continuons notre duel sanglant armés de nos polochons en plumes.

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-59-  posté le samedi 15 mars 2008 23:52




Les minutes s’écoulent rapidement, happés par des éclats de voix et de rire, avant que Selma ne se stoppe brusquement, une lueur narquoise dans le regard.

- On parie ?

Je la dévisage sans masquer ma surprise.

- Gné ? Qu’est ce que tu racontes comme connerie encore ?

Un petit sourire s’étire sur ses lèvres, reflet de celui qui fend mon visage sans que je n’en aie aucun contrôle.

- La première à terre a perdu. Tu gagnes, j’accepte de ne plus jamais avoir affaire au père des jumeaux, tu perds, tu te remets avec Josh, avec en prime tes plus plates excuses et de gros efforts à fournir de ta part pour paraître et véritablement devenir chaleureuse et souriante.





J’écarquille brusquement les yeux, sidérée par son extravagante proposition.

- Faut avoir l’esprit tordu pour inventer des trucs aussi stupides. Et puis je ne comprends pas pourquoi tu me demandes ça, alors que tu es habituellement la première à me dire d’être franche avec les gens. Tu ne penses pas que Josh méritait de savoir mon point de vue ?

Elle s’avance pour se retrouver à quelques centimètres de moi et de me transpercer de son magnifique regard bleu. Elle braque sur moi un index accusateur qui vient se poser au milieu de ma poitrine, comme pour venir accentuer ses propos.

- Pas ton point de vue Kay, mais ce que tu penses être ton point de vue. Tu penses sérieusement être incapable d’apprécier les choses telles quelles ? Je ne voudrais pas passer pour la grand-mère moralisatrice mais il serait peut-être plus que temps que tu sortes de ta bulle. Si tu passes ton temps à te protéger des autres, comment crois-tu pouvoir arriver à vivre correctement ?

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-60-  posté le samedi 15 mars 2008 23:58




Je reste bouche bée. Ses mots me touchent bien plus que je n’aurais souhaité. Mais le pire je pense c’est qu’elle n’a pas entièrement tort. Je passe mon temps à me poser des questions inutiles, à me demander pourquoi je fais telle ou telle chose sans essayer d’en déterminer la cause.

- Tu penses vraiment ce que tu dis ?

- Mot pour mot, m’assure-t-elle.

Je soupire, par habitude ou soulagement je l’ignore. Mais toujours est-il que je me sens légèrement mieux, comme soulagée d’une étrange oppression.

- T’es chiante.

- Perspicace serait peut-être plus juste non ?

Je souris malgré moi.

- Tu dis n’importe quoi.

- Et mon cul c’est du poulet, rit-elle en s’emparant de nouveau de son coussin. Accepte ta vie et arrête de jouer à la victime innocente qui subit tout sans chercher à en profiter. Alors pari tenu ?






Je renforce mon emprise sur mon propre coussin avant de lui lancer un sourire provocateur.

- Prépare-toi à mordre la poussière mémé…

Alors comme ça je me pose trop de questions sans intérêt. Je vais lui montrer ce qu’est de devoir passer son temps à vivre comme une étrangère
dans une vie sans couleur.
Pas de quartier soldat.


- Ravale ton sourire béat ma vieille, ricane-t-elle. Je vais te donner une leçon de vie dont tu me diras des nouvelles.

Sur ces derniers mots, elle se jette une nouvelle fois sur moi avec force et me balance son coussin au visage avant que je n’ai le temps de réagir.
Le sourire aux lèvres, je riposte immédiatement, définitivement libérée de toute pensée perturbatrice.

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-61-  posté le dimanche 16 mars 2008 00:09




Allongée par terre en moins de cinq minutes, j’essaye de me dégager de l’emprise de Selma pour tenter de faire tourner la situation à mon avantage, mais je crains que mes chances de succès soient minces, face à une ceinture noire de judo…

- Tu triches, ai-je râlé.

- Tsss, un pari est un pari Kaley. Accepte dignement ta défaite et arrête de bougonner dans le vide.

Je fulmine de m’être faite avoir aussi facilement et tente de lui envoyer un petit coup de pied pour la faire basculer. Mais elle arrête mon geste sans aucune difficulté et me lance un regard triomphant.

- Alors, qu’est ce que ça fait d’être vaincue et archi vaincue ? Demande-t-elle en se levant pour me permettre de me remettre debout.





J’époussette mes vêtements et me relève dans la foulée sans daigner répondre à sa question.

- Comment peux-tu encore arriver à te battre à coups de coussins après une nuit torride et animée ?

Elle écarquille les yeux et me fusille du regard.

- Fourbe, crache-t-elle.

- A chacun son domaine de prédilection mémé Selma.

Elle me tire magistralement la langue et se laisse tomber sur le canapé dans un petit soupir de fatigue.
Je fais de même et la dévisage avec insistance.

- Ton pari de tout à l’heure, c’était pas du sérieux hein ?

- Bien sur que si. Avec ton fichu caractère je savais que tu n’allais pas résister à mes provocations, et comme j’étais sure de gagner…

- Mouais c’est ça.

Elle s'esclaffe et plaque une main devant sa bouche grande ouverte pour essayer de calmer son envie de rire.

- De toute façon ma Kay, je crains que tu n’es pas vraiment le choix, il ne devrait pas tarder à arriver.





Je lui lance un regard noir dont elle ne s’aperçoit même pas, ce qui a pour effet pour le moins déplaisant de me frustrer au plus haut point. La soudaine mélodie de la sonnette de l’entrée résonne à travers toute la maison et je me crispe immédiatement.

- T’as pas fait ça ?

Au regard moqueur qui illumine son visage, j’ai peur de deviner la réponse.

- En anticipant ta défaite, j’ai aussi anticipé la réalisation de ton gage…

Est-ce normal qu’en cet instant précis, j’ai une brusque et incontrôlable envie de la transformer en chair à pâté ?

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