
Je crois bien que les battements de
mon cœur se sont subitement stoppés, comme pour
stupidement palier un manque, une présence bien trop
longtemps disparue. Ou peut-être simplement ce qui pourrait
s’apparenter à un besoin d’amour refoulé,
une étrange tendance à vouloir à tout prix
vivre dans le passé et ses instants révolus.
Juste s’enfermer dans ses souvenirs, et ne jamais vouloir en
sortir…
Je détourne le regard et fixe avec insistance la tombe
immobile au bout de l’allée. Les fantômes
n’existent pas. Ils n’ont même jamais
existé. Ils restent seulement dans nos cœurs et nos
esprits, indélogeables et éternels, comme de beaux
souvenirs qui y seront à jamais
gravés.

- Tu n’es pas lui…
Ma réplique est déconcertante,
incohérente pour toute personne étrangère
à mon passé. Mes mots se mêlent à mes
larmes, que je laisse couler, impuissante. On n’oublie jamais
vraiment, même si on s’en croit toujours
capable…
- De quoi parlez-vous ? Me demande l’homme blond
qui me fait face sans sourciller.
Sa voix est suave, chaude et
agréable et un frisson me parcourt le corps.
Le même timbre de voix, la même assurance dans ses
mots, la même impertinence… Il lui est identique en
tout point. Je dois rêver, m’être enfermée
dans un monde de folie.
Il n’est pas lui. Ne peut pas être lui. Ne doit pas
être lui.

- Vous allez bien ? Continue-t-il.
La question qui fâche. Suis-je encore vraiment en
mesure de me préoccuper de mon état de
santé ? Non, en cet instant précis, je ne vais
pas bien. Pas bien du tout.
- Je crois que oui, ai-je murmuré dans un
souffle.
Se soustraire aux épreuves par le mensonge. Fuir les
désillusions par les mystifications. Vouloir rester dans un
rêve, dans une bulle imperméable. Accepter sa
cécité pour mieux se préserver de la criante
vérité du monde qui ne cesse de se dérober
sous nos yeux. Et dire que pendant tout ce temps,
j’étais presque parvenue à oublier la morsure
affligeante du chagrin.
Presque…
















