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-77-  posté le lundi 24 mars 2008 15:37




Je jette un nouveau coup d’œil à ma filleule qui semble aux anges, fuyant les attaques de Chris qui tente de la chatouiller et l’assaille sans répit.

- Ta fille a l’air de l’apprécier.

Elle acquiesce et sourit sans la quitter du regard.

- Il a reprit contact avec moi depuis un peu moins de deux mois, et depuis, il entretient une correspondance régulière avec Ambre.

Un sourire ironique étire mes lèvres. A chaque évocation de ce prénom, je ne peux que m’amuser de l’étrange attirance d’Opale pour les noms de pierres précieuses. Encore heureux que son fils ait échappé à Rubis et se soit contenté d’un simple Matthew.





- Pourquoi elle ?

- Je l’ignore, mais après tout écrire ne peut pas lui faire le moindre mal. C’est son oncle, bien qu’elle ne le connaisse physiquement que depuis hier.

- Etrange famille, ai-je murmuré.

- A qui le dis-tu.

Je laisse le vent jouer un instant avec les boucles de mes cheveux, avant de murmurer :

- J’aimerais comprendre…

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-78-  posté le lundi 24 mars 2008 15:45




Elle me dédie un sourire désolé et braque son regard pénétrant dans mes prunelles aux reflets humides.

- Ce n’est peut-être pas le meilleur endroit pour parler de ça, tu ne penses pas ?

J’hoche la tête et acquiesce doucement.

- Tu as raison, les morts n’ont pas à entendre les plaintes des vivants.

Un grand sourire aux lèvres, elle me fixe de ses iris verts et me dévisage avec intensité.

- Décidément, je crois bien que tu viens trop souvent ici. Si tu continues à côtoyer ainsi des tombes, je parie que dans peu de temps tu te mettras à parler à leurs occupants, ironise-t-elle.





- Opale, t’avais-je déjà fait remarquer que tu avais hérité de la même tendance prononcée pour tout ce qui concerne les blagues douteuses ?

Un petit rire de gorge fait écho à ma remarque et se perd dans les allées du cimetière.

- Si tu tiens à ton intégrité mentale, vaut mieux pour toi que tu le saches pas, crois-moi.





- Toujours aussi rassurante, ai-je marmonné.

- Et toi toujours aussi compliquée…

Je tourne immédiatement la tête vers elle, alors qu’elle reste le regard rivé sur sa petite famille qui rit aux éclats. Je suis des yeux Chris qui se débat toujours avec sa nièce et m’attarde une nouvelle fois sur ses traits angéliques.
Elle n’a pas entièrement tort. Je crois bien que je viens de perdre une nouvelle fois le contrôle de ma vie, dès l’instant où mon regard c’est posé sur son visage.

En fait, je ne décide pas ma vie, je la subis entièrement…

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-79-  posté le lundi 24 mars 2008 15:55




Opale pousse la porte de chez elle d’un geste vif et s’engouffre sans plus attendre dans l’entrée, suivie de sa fille et de Chris qui les suit sans hésiter. Je leur emboîte le pas après quelques secondes de rêverie lorsque je m’aperçois que je suis la dernière idiote à rester encore immobile sur le palier.





Je franchis à mon tour la porte et m’avance jusqu’au salon où j’aperçois Chris qui y a déjà pris toutes ses aises, un pied posé sur le canapé blanc. Je fronce le nez devant son manque de politesse mais m’abstient de tout commentaire. Alors qu’il débarque ici en parfait inconnu, le voila qui fait comme si cette maison était la sienne, je trouve son manque de tact des plus déroutants.

A l’air détaché et suffisant qu’il affiche en permanence j’en déduis aisément que ce comportement lui est naturel et que cela ne le gêne en aucune manière.






Je détourne les yeux de lui dès que je m’aperçois que je suis en train en le détailler de la tête au pied avec insistance. Je m’assoie en face de lui en faisant mon possible pour ne pas rougir jusqu’aux oreilles, comme une adolescente entichée du premier venu.
Mais c’est presque peine perdue…

- Alors, il paraîtrait que mon frère et vous étiez, pour le moins comment dire, très proche ?

Je réprime une brûlante envie de lui rétorquer des absurdités et me contente de hocher distraitement la tête.

- En effet…

- Fiancés ?

- Non, il est mort avant.






- Dommage, souffle-t-il en me détaillant intensément.

Je sens son attention peser sur mon corps et son regard insistant me brûler la peau. Ce mec est décidément sans gêne et vraisemblablement sans véritables principes. Il semble prendre la vie comme elle vient, avant de s’atteler à la modeler selon sa convenance. Il ne contente pas d’assister, il agit pour faire bouger les choses. J’ignore pourquoi, mais son comportement me dérange, sans doute parce que je m’aperçois que derrière cette troublante ressemblance physique, se cache un être totalement différent.

Une autre personne…

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-80-  posté le lundi 24 mars 2008 16:18




J’entends provenir de l’étage supérieur quelques éclats de voix, avant d’identifier celle d’Opale, qui semble en grande discussion avec ses enfants. Sans doute Matthew est-il encore en train de planifier la moindre action pouvant porter préjudice à sa mère, avec laquelle ses relations sont pour le moins tendues. A croire que nos fils se soient concertés pour jouer les trouble-fêtes de première catégorie. Je souris tendrement à cette pensée totalement hors-propos vis-à-vis de la situation actuelle. La présence de ce jumeau disparu me trouble bien plus que je ne le voudrais.

- Ma sœur crie toujours autant, constate Chris avec ironie.






Je le dévisage, l’interrogeant du regard.

- Déjà toute petite elle avait une fâcheuse tendance à nous prendre pour des défouloirs.

Je souris à cette remarque. Entendre parler de leur passé me procure une étrange sensation de bien-être, presque de soulagement. Il n’est jamais trop tard pour en apprendre un peu plus sur le passé des gens aimés, même lorsqu’ils ne sont plus là pour en affirmer les dires.

- Sonny ne m’a jamais parlé de son enfance, ai-je avoué en espérant secrètement en apprendre un peu plus sur la raison de ce silence.

- Sonny était quelqu’un de secret, dit-il en me jetant un regard franc qui signifie clairement qu’il ne s’étalerait pas sur le sujet.






Résignée, je me contente de ces maigres explications et observe un jeune roux furibond descendre les escaliers à toute vitesse, et sans aucune discrétion. Il passe dans le salon en trombe sans nous accorder le moindre regard. La voix stridente de sa mère le rappelle à l’ordre.

- Tu pourrais dire bonjour Matthew ! L’interpelle-t-elle d’une voix qui ne souffre aucune discussion.

Celui-ci se stoppe aussitôt et fait volte face, avant de poser sur nous un regard irrité.






- S’lut, lâche-t-il en maugréant entre ses dents.

- Salut Matthew, ai-je répondu en souriant.

Malgré son caractère renfermé et son manque évident de sociabilité, j’apprécie beaucoup ce jeune homme auquel je trouve une étrange ressemblance sur le plan psychologique, avec son père. Je jette un rapide coup d’œil à Chris qui ne lui accorde pas la moindre attention. Il semblerait qu’il n’apprécie guère son neveu, mais pour l’avoir rencontré la veille, je trouve cette réaction exagérée.





- Et je peux savoir où tu vas ? Le reprend sa mère en le voyant s’éloigner de nouveau.

- Je vais voir Hayden, s’empresse-t-il de répondre avant de claquer la porte, plongeant la pièce dans un de silence pesant.

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-81-  posté le lundi 24 mars 2008 16:27




Opale lâche finalement un bref soupir reflétant son exaspération actuelle et s’assoit aux côtés de son frère.

- Ce gosse me rendra chèvre, gémit-elle.

Un petit sourire sarcastique nait lentement sur les lèvres de son frère, qui l’observe avec attention.

- Tu as du courage pour avoir fait des enfants.

- Surement cela doit-il te paraître aberrant, mais ils sont comme un rayon de soleil par temps de pluie.





- Bien étrange métaphore, ironise-t-il.

- Le concept est difficile à comprendre pour quelqu’un qui n’en a pas, ai-je à mon tour ajouté.

Il acquiesce d’un signe de tête et stoppe ici ce sujet sur lequel il semble se sentir totalement étranger. A ses côtés, je sens Opale s’agiter, étrangement mal à l’aise.

- Que fais-tu aux Etats-Unis ? Demande-t-elle enfin. En trente ans, je n’ai pas eu le plaisir de te poser la question.

Sa voix est lourde de reproches, comme si elle l’accusait de l’avoir laissé ainsi dans l’ignorance et de ne réapparaitre seulement maintenant, après tout ce temps écoulé.

- Je gère une entreprise d’agro-alimentaire, rien de bien palpitant tu peux me croire.





La réponse ne satisfait pas entièrement cette dernière, ce que je peux aisément comprendre. Il cherche à taire les raisons de sa venue, et ne s’étale pas sur sa vie privée actuelle. Au fond, je crois qu’Opale n’en sais guère plus que moi sur son présent, mais certainement pas sur son passé. Leur passé.

- Humf, émit-elle avec un sifflement méprisant. Tu n’es guère bavard pour un fantôme…

- Je ne suis pas revenu vers toi pour te raconter ma vie, réplique-t-il sans une once d’agressivité dans la voix.

C’est juste une réponse franche. La simple et pure vérité, celle que généralement chacun cherche à masquer pour ne pas blesser. Mais il semblerait que cette notion lui soit totalement étrangère.

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