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-87-  posté le lundi 07 avril 2008 20:32




Kaley

Pour la deuxième fois en l’espace de deux minutes Ethan vient brusquement de me fermer la porte au nez. Une grimace de frustration s’invite bien vite sur mon visage en réponse à son geste que je devine guidé par une certaine irritation. Ce n’est pas que j’apprécie réellement ce manque évident de politesse envers ses invités, mais son comportement commence légèrement à me taper sur le système.

- Allez quoi ce n’était qu’une petite boutade, l’ai-je apostrophé à travers la vitre de la porte.

- Va te faire voir, rétorque-t-il depuis l’autre côté.





- Ethan, tu voudrais bien arrêter de faire le zouave deux secondes, et ne pas prendre au pied de la lettre tout ce que je raconte ?!

- Alors la prochaine fois trouve quelque chose de plus amical à m’annoncer que « Salut la demi-portion asexuée » !

Je le gratifie d’un sourire charmeur auquel il s’empresse de répondre par un regard hargneux. Il semblerait qu’il ne soit guère décidé à changer d’avis. Caractère de cochon et susceptible avec ça, qui est ce qui m’a foutu un boulet pareil ?

- Ethaaaaan !!! J’admets que j’y suis allée un peu fort, mais c’est pas une raison pour m’interdire l’entrée de chez toi ! Me suis-je finalement résignée à le supplier en tout dernier recours.

Il se radoucit légèrement devant mon regard de chien battu accompagnant cette complainte, et je me félicite intérieurement de cette brillante idée de tragédienne.

- Allez !

Il retrouve rapidement son air renfrogné et me toise finalement avec mépris à travers la vitre.

- Remballe ton regard de Chat Potté, on n’est pas au zoo ici, cingle-t-il.






Je jure tout haut mais parviens à me retenir in extrémiste de l’agonir d’injures. Bon ok, j’admets que depuis que je ne suis plus avec Josh, enfermée dans des pensées abstraites et sans fondement sur l’origine du pourquoi et du comment, j’ai acquis dernièrement une certaine tendance particulièrement poussée pour emmerder mes proches, mais ce n’est pas non plus une raison valable pour me refouler dès que je dis quelque chose de travers allant bien souvent au-delà de mes pensées, et qui a le malheur d’offenser sa pauvre petite personne. Ou alors autant tenir la porte délibérément fermée et me faire clairement comprendre que je suis qu’une gamine capricieuse, chiante et exaspérante, et que je ferais mieux de débarrasser le plancher.





Je médite quelques secondes sur mes dernières pensées. Loin de moi l’idée de nier toutes ces impressionnantes qualités qui sont censées me caractériser, mais après tout, il est sans doute trop tard pour décider de changer de comportement. Le passage de la gamine stupide et bornée à celui d’adolescente rebelle en mal de vivre n’a pas déjà été des plus fluctuants, alors je ne peux sans doute que redouter l’étape suivante où je terminerai probablement en adulte dépressive dopée aux antidépresseurs. Quel futur radieux, vraiment.

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-88-  posté le lundi 07 avril 2008 20:46




Sans esquisser le moindre geste, Ethan me dévisage avec un étrange sourire moqueur. En tant que grand gourou et possesseur de la clé de la porte d’entrée, il s’imagine sans doute que je vais le supplier et l’implorer à genoux. Il peut toujours courir, je ne suis pas d’humeur à jouer au jeu du chat et de la souris plus longtemps.

- Ethan, ouvre cette porte immédiatement si tu ne veux pas servir de nourriture aux poissons.

Rapprochant son visage de la paroi vitrée, il me fixe avec d’autant plus d’insistance qu’il ponctue le tout en tirant la langue de la façon la plus immature qui soit.

- Bordel Ethan, c’est ta sœur que je suis venue voir, pas toi !






Son regard perd un peu de prestance, mais il ne semble toujours pas décidé à ouvrir cette fichue porte. Je l’assassine du regard et il recule d’un pas. J’ignore pourquoi, mais Ethan n’a jamais été capable de me tenir tête plus de cinq minutes d’affilées. Sachant que nous en sommes déjà à la quatrième passée, je sens la victoire pointée le bout de son nez et en soupire d’aise. La boucle est sur le point d’être bouclée.

- Et en quoi ça change la donne ? Ironise-t-il en me dédiant son célèbre sourire de crétin fini.

Mais quelle bourrique ce type. Têtu, obstiné et borné, j’ai vraiment le don pour dénicher des amis hors du commun. A ce train là, demain je ferai connaissance avec E.T dans un ascenseur. Je desserre les poings, m’étire lentement sans le quitter des yeux et tente de me rassurer. Nous ne sommes pas à un combat de catch, bien qu’on puisse sérieusement se poser la question. Décidément, je vis dans le but de me mettre les gens à dos. Encore une stupide tare familiale ?






"Quand ce n’est pas avec Selma, c’est avec Kali.
Quand ce n’est pas avec Kali, c’est avec Ethan.
Quand ce n’est pas avec Ethan, c’est avec Josh
Quand ce n’est pas avec Josh, c’est avec…"






Je stoppe là cette idée totalement absurde. Tyler…
Il n’a absolument pas besoin de moi pour venir foutre le merdier, il s’en sort déjà assez bien tout seul. Je crois même que dans ce domaine il s’agit du champion toute catégorie confondue. Je dois bien l’admettre, sur ce terrain là je suis battue à plate couture.

Et de loin…

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-89-  posté le lundi 07 avril 2008 21:10




Je chasse bien vite cette pensée saugrenue loin de mon esprit, qui disparaît comme elle est venue, et reporte mon attention immédiate sur la tête de mule qui me fait face sans ciller. C’est généralement dans ces moments là que l’on a envie de crier au désespoir sans vraiment savoir pourquoi. Vieillir rime généralement avec s’assagir, pas avec devenir désespérément con. Sa croissance a seulement dû se limiter au squelette, c’est la seule solution plausible et envisageable lorsque l’on côtoie quotidiennement le spécimen…

- Ethaaan !

- La prochaine fois tu y réfléchiras à deux fois avant de me prendre le chou avec tes réflexions désagréables.






J’ai une brusque et soudaine envie de frapper la baie vitrée, bien que je sache par avance que cela ne changera rien au problème actuel. La seule chose que je risque d’en tirer, c’est de m’esquinter sérieusement les doigts. La frustration qui s’abat subitement sur mes épaules laisse échapper de mes lèvres un petit soupir d’ennui.

Un boulet et une grande gueule ne font décidément pas bon ménage…
Je le fixe une seconde fois avec un dédain non dissimulé. Notre relation a toujours été pour le moins étrange, bâtie sur des fondations instables et installée sur des bases quasi inexistantes. Tantôt amis, tantôt incapables de nous supporter, je me demande encore comment nous avons réussi à ne pas nous étriper durant nos nombreuses périodes de mauvaise humeur...






Ces souvenirs animent sur mes lèvres un petit sourire nostalgique. Il semblerait qu’aujourd’hui monsieur soit sujet à des sautes d’humeur incontrôlables. Résignée, je sors finalement de ma poche mon portable que j’empoigne à pleine main après avoir tenté un dernier et lamentable regard suppliant, pour ensuite le dévisager d’un air triomphant en composant un numéro familier sans vraiment m’attarder sur l’écran.

- Tu veux appeler Kali ? Me demande-t-il sans masquer sa surprise.

- Non, ai-je aussitôt répliqué, j’ai plutôt l’intention de faire du tricot. Ça ne se voit pas ?

- C’est bas, rétorque-t-il.

- Ah parce que me bloquer l’entrée est d’un niveau largement supérieur sans doute ?






Un sourire moqueur naît sur mon visage tandis qu’il brandit les clés devant mon nez, de l’autre côté de la porte vitrée, comme un enfant totalement sûr de sa victoire sur son adversaire.

- Il n’y a qu’une clé, m’explique-t-il avec une pointe de satisfaction.

Je me demande quelques fois si je ne côtoie pas à un gamin de trois ans, immature et désespérément idiot. Aujourd’hui, je crains que mes questions se soient finalement transformées en affirmations des plus claires. J’ai affaire à un petit fanfaron aux tendances singulièrement stupides. Mais après tout ça sert à ça les amis non ? Mettre un peu d’ambiance… Animer notre vie et y faire bouger les choses…

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-90-  posté le lundi 07 avril 2008 21:26




Le combiné collé à l’oreille, les sonneries monocordes du signal d’attente résonnent inlassablement produisant cet éternel son désagréable et ennuyeux à mourir. Ethan ne me quitte pas des yeux et abat contre la porte son poing fermé, qui percute la vitre avec violence. Je lui dédie un regard haineux avant de ne finalement plus lui porter la moindre attention. J’en arrive même à me demander comment on a pu en arriver là. Si j’observais la scène d’un regard extérieur je suis quasiment sûre que je me haïrais en cet instant précis, à vouloir jouer les enquiquineuses avec un ami borné et ô combien susceptible.





Dans le fond, nous ne sommes que deux gamins boudant pour un oui ou pour un non. Deux vulgaires et simples gosses… Mais tant pis, après tout, foutre le merdier là où je pose mes pieds fait parti de mes attributions premières. On fait ce qu’on peut avec ce qu’on a, et malheureusement, pour moi et les autres, je ne suis née, ni avec une auréole dorée au-dessus de la tête, ni avec ce caractère si agréable et enjoué apprécié de tous. Je suis simplement née telle que je devais l’être. Le destin ne se choisit pas dit-on. Tant pis pour moi, et tant mieux pour les autres.

Je reste encore quelques secondes immobile, le bras droit toujours fléchi et l’autre pendant inerte le long de mon corps. Je pousse un énième soupir de frustration lorsque la voix familière de Kali s’élève depuis le mobile. J’ai toujours cordialement détesté devoir poireauter à l’autre bout du fil pour écouter un stupide message préenregistré débitant sans interruption une déclaration monotone et connue sur le bout des doigts.





Je raccroche sans douceur et fourre l’appareil dans ma poche. Fusillant une dernière fois Ethan du regard, je me décide à faire demi-tour. Je n’ai pas encore décidé si cela vallait vraiment la peine de me lancer dans l’ascension jusqu’au balcon de l’étage supérieur. Jaugeant la hauteur me séparant de ce dernier, je renonce à cette pensée avant même d’avoir eu la moindre idée de sa mise en application. Je suis peut-être stupide, mais pas encore suicidaire.

- Crétin, ai-je finalement soufflé avant de m’éloigner.






Tournant la tête pour visualiser le chemin à emprunter, je percute de plein fouet quelqu’un sans m’être jusqu’alors aperçue de sa présence. Je recule d’un pas et mon regard se pose sur une silhouette imposante. L’homme qui se tient en face de moi me sourit gentiment, comme à une enfant qu’il aurait sincèrement souhaité aider. Sans véritablement m’en rendre compte, je le foudroie du regard, en réponse à cette complaisance des plus mièvres. Je ne suis pas une gamine. Ou alors plus, et je ne supporte pas d’être encore considérée comme telle par des adultes surprotecteurs.

- Tu vas bien ? Me demande-t-il.

- Ça ira, ai-je froidement répondu.

- Mon fils fait encore des siennes on dirait, constate-t-il en esquissant un petit sourire tout en portant son regard vers Ethan, adossé contre la porte vitrée.






J’hoche distraitement la tête et mon regard rencontre celui de l’homme solidement charpenté qui se tient en face de moi. Je n’ai jamais vraiment pu apprécier Matt Jones, et ce n’est vraisemblablement pas les relations qu’il entretient avec ma pétillante amie rousse qui risque de me faire changer d’avis. Bien au contraire. Plus j’apprends à connaître cet homme, et plus j’éprouve de l’aversion pour tout ce qu’il représente. On ne peut s’obliger à aimer tout le monde, ou alors la vie deviendrait d’une affligeante banalité.

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-91-  posté le lundi 07 avril 2008 22:08




Les yeux braqués dans ses prunelles, je demeure silencieuse, fixant son visage pour mieux m’en imprégner. Selma est stupide. Entretenir une liaison avec un homme marié, père de deux enfants et pilier principal d’une famille d’apparence épanouie est vraiment la chose la plus mystérieuse et idiote qui lui ait été donnée d’accomplir. Le coup de foudre m’avait-elle dit la première fois. Oui, le coup de foudre bien sur… S’il avait fallu utiliser mes propres mots, je l’aurai sans doute plutôt apparenté à un coup de poignard. Une blessure dans le dos de l’un, et dans le cœur de l’autre. Une relation qui ne devrait pas avoir lieu d’être. Une passion vouée à l’échec, mais en laquelle elle a quand même décidé de croire.

- Excusez-moi, l’ai-je apostrophé, avez-vous à tout hasard un double des clés ?

Une lueur interrogatrice s’illumine dans son regard, mais il acquiesce finalement d’un rapide signe de tête.

- Bien sur, je ne suis pas encore sénile au point de laisser Ethan seul dans cette maison avec la liberté de s’enfermer à loisir.





C’est à mon tour d’hocher brièvement la tête. Il n’a pas totalement tort. Je dirais même qu’il a entièrement raison. Sans se préoccuper davantage de ma personne, Matt se met en marche et s’avance jusqu’à la porte d’entrée avant de rapidement insérer l’une des clés dans la serrure, qui se déverrouille dans un bruit métallique. Sans plus attendre, je m’élance à sa suite et réprime un sourire devant le regard déconfit de mon ami, immobile face à son père qui le dévisage, une lueur amusé brillant dans les yeux.

- Je vois que tu n’as pas perdu ton sens de l’humour, constate-t-il avec ironie.






Gêné, Ethan ne trouve rien à redire, ou alors il le tait si bien qu’il n’en laisse rien paraître. Sans ajouter un mot, son père se déleste de sa veste qu’il dépose rapidement sur le porte-manteau jouxtant l’entrée, et disparait le long du couloir après s’y être rapidement engouffré. Ravie par le dénouement de la présente situation, je lance à Ethan un regard qui en dit long sur mon opinion vis-à-vis de ses crises démentielles de susceptibilité.

- Oh ça va hein… grommelle-t-il en tournant la tête comme un gosse niant son implication dans un plan vaseux.

- Pour la première fois de ma vie, je crois bien que je bénis ton père.

D’un bref haussement d’épaules, il m’indique clairement qu’il se contrefiche pas mal de mes opinions. Encore une réaction qui tend véritablement à montrer que se soucier des autres est, semblerait-il, le cadet de ses soucis imminents.

- Ta sœur est dans sa chambre ? Ai-je demandé.

- Surement ouais, se contente-t-il de répondre.

Laissant là mes pensées immédiates et sensiblement irritantes en compagnie d’Ethan, je m’engouffre à mon tour le long du couloir au bout duquel je disparais, sans un regard en arrière.

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