
Calquant les battements de son cœur sur les
balanciers réguliers de l’horloge, elle pose une main
rassurante sur l’épaule de son petit frère, qui
braque sur elle des yeux chargés d’interrogations
informulées. Elle simule un petit sourire apaisant, et Tyler
se radoucit légèrement. Si sa sœur
n’éprouve aucune inquiétude vis-à-vis de
la situation actuelle, il n’a lui-même aucune raison
d’en avoir. Après tout, Amy sait bien plus de choses.
Et par-dessus tout, il lui fait confiance.
- Reste là, lui intime-t-elle, je vais
voir. Je pense que Maman a dû simplement se brûler en
préparant des confitures.

Ses paroles sonnent tellement fausses
qu’elle ne les croit pas elle-même. Pourtant Tyler
obéit et la regarde s’éloigner sans esquisser
le moindre geste. Tranquillisée par
l’immobilité de son frère, elle
s’éloigne d’une foulée nerveuse vers la
cuisine, en essayant de calmer une nouvelle fois les battements de
son cœur, qui tambourine dangereusement contre sa frêle
poitrine. Elle a peur de ce qu’elle risque de
découvrir. Principalement parce qu’elle connait
l’étendue des dégâts provoqués par
son père lorsque celui-ci était pris d’une
colère noire. Mais également parce qu’à
force de pugnacité et de volonté à fuir la
réalité sur la moindre de ses exactions, elle en
avait fini par oublier les tournures que pouvaient prendre le mot
« violence », ainsi que ses
conséquences irrémédiables. Elle ne voulait
voir que le côté blanc des choses et des gens,
laissant à la face noire le soin de disparaître dans
l’ombre, tapie au cœur même de
l’invisible.

Mais de l’invisible temporaire… Qu’importe sa
volonté de s’affranchir de la vérité,
elle n’est plus l’enfant timide et aveugle
d’auparavant. Elle se doit d’ouvrir les yeux. Se doit
de voir et se doit de grandir... Elle se doit de comprendre
pourquoi l’adulte fait autant souffrir pour alléger le
poids de ses propres fardeaux.
Là où l’ange fait place au démon, les
innocents souffrent…




















