
Sans doute est-il trop tard pour
rattraper ce temps perdu à essayer de mettre de la distance.
Le temps a passé, et ne l’a jamais attendu en chemin.
Il se fiche des hommes, et avance, sans jamais regarder
derrière lui. Oui, ne pas regarder en arrière et
foncer tête baissée vers un avenir différent...
C’était ce qu’il avait jugé bon de faire
pour fuir sa situation et ses problèmes. Pour
délaisser son frère afin d’oublier ce
qu’il n’aurait jamais pu devenir. Au bout du compte,
cela ne lui a servi qu’à ouvrir les yeux sur ce
qu’il était vraiment, et ce qu’il continue
probablement d’être. Un être incapable de
décision, bon à seulement vouloir
répéter la vie qu’a été celle de
son double. Il avait voulu être lui, et n’avait
trouvé pour ce soustraire de cette obsession
irréalisable que la méchanceté, la
délinquance et finalement la fuite. Un ultime recours, une
ultime faiblesse et une lâcheté infinie. Il a
passé sa vie à fuir quelque chose qu’il avait
toujours voulu être…

Il n’est pas assez fort pour
prouver au monde qu’il peut lui aussi être
quelqu’un. N’est pas assez combatif pour se prouver ce
qu’il est, à sa propre personne. Il est faible. Il est
lâche. Il est perdu. Et par-dessus tout, il est
seul…
Il réalise stupidement que tout ce temps inutilement
gâché à vouloir se cacher cette situation de
laquelle il ne s’est jamais vraiment sorti, ne lui aura
été d’aucun véritable secours. La seule
chose positive qu’il a pu vraiment réalisée,
c’est de s’être reconstruit une vie. De
s’être sorti des emmerdes sans l’aide de
quiconque. Mais il n’a jamais su se détacher de ce
sentiment d’infériorité mêlé
à l’admiration qui l’a toujours lié
à son jumeau. Il a pourtant si longtemps essayé, mais
sans résultat notable. La véritable raison à
son retour ici ne prend alors sa source que dans son
incapacité à comprendre pourquoi il n’arrive
pas à se détacher de cette emprise à la marque
invisible. Il cherche à comprendre. Après tout, il
n’est jamais trop tard pour apprendre à
vivre…

Il lâche un soupir
consterné et sort de ses pensées moroses. Il en a
assez de s’apitoyer sur son sort comme un gamin de 8 ans,
incapable d’assumer ses craintes et ses angoisses et de les
affronter. Il est en âge de faire face sans courber les
épaules. Ou tout du moins, il s’en croit capable. Mais
que fait-il depuis qu’il est revenu en dehors de se lamenter
et de ruminer le passé à s’en faire mal au
crâne ? Un sourire triste s’étire lentement
sur ses lèvres entrouvertes. Que vaut la vie si elle est
vouée à répéter celle vécue par
un autre ? Que vaut l’avenir si on est incapable de se
détacher du passé ? Que vaut l’espoir si
l’on est fondamentalement condamner à croire
qu’il nous a
fuit ?

















