Je suis toute pertubée, je viens d'apprendre qu'un
écrivain que j'estimais beaucoup était mort il n'y a pas plus
de quatre jours. C'était l'un des meilleurs auteurs de
fantaisie de notre génération (d'un point de vue personnel) et j'ai
dévoré toutes ses oeuvres. Le 8 novembre 2009, Monsieur Pierre
Bottero est mort dans un accident de moto et j'aimerais lui rendre
un dernier hommage, parce qu'il le mérite, tout simplement
!
*
* *
Il s'était arrêté en
lisière de forêt. Sa voiture avait refusé de le conduire plus loin.
Résigné, il choisit de continuer son chemin à pied, tout en se
maudissant d'avoir oublié son portable en partant. Bien évidemment
il se trouvait sur l'une des routes les moins fréquentées de la
région, et n'espérait pas croiser autre chose qu'un chevreuil en
cette heure si matinale. Bercés par les bourrasques de vent frais,
ses pas le conduisirent près d'une vieille grange, encadrée par des
champs laissés à l'abandon, et envahit par des entrelacs de lierre
et de mauvaises herbes. Intrigué par l'apparence élégante de
l'ancienne bâtisse, il s'y dirigea sans trop savoir pourquoi. Il
laissa son instinct le guider à travers la végétation dense. Après
avoir parcouru les derniers mètres qui le séparait du premier mur
de pierre de l'édifice, il s'accorda une pause et se laisse le
temps de reprendre son souffle. Sans s'en apercevoir, il était
arrivé jusqu'ici en courant. Son intérêt s'en trouva redoubler. A
pas prudents, il entreprit de faire le tour de la grange, à la
recherche d'une éventuelle entrée. Etrangement l'ensemble du
bâtiment en était totalement dépourvu. Il choisit de répéter
l'opération pour s'assurer de la véracité de cette découverte des
plus étranges.
A peine eut-il le
temps de parcourir une dizaine de mètres qu'un fin rayon de lumière
vint jouer sur la surface rugueuse du mur, le stoppant net dans ses
investigations. L'air sembla trembler, la réalité se tordre sous
l'effet d'une force mystérieuse. Il cligna des paupières pour
s'assurer qu'il ne délirait pas. Ce fut la seule chose de sensée
qu'il avait trouvé à faire en pareille circonstance. Mais l'image
que la lumière imprimait sur se rétine ne changea pas. Partagé
entre la curiosité et l'angoisse, il attendit, immobile au coeur de
la végétation.
C'est alors qu'il la
vit. La porte. Sombre, lourde et imposante. Toutes les fibres de
son corps lui imposaient de l'ouvrir. Lui criait ce qu'il n'avait
pourtant nul besoin qu'on lui répète, car au fond, il savait que ce
qu'il cherchait depuis toujours se trouvait juste devant ses yeux.
Prudemment, il tendit une main tremblante vers l'énorme poignée
dorée. Il n'eut pas besoin de la toucher. Un cliquetis métallique
résonna jusqu'aux tréfonds de la forêt environnante et l'immense
porte s'entrouvrit lentement. Il s'empressa de jeter un coup
d'œil, son cœur battant à tout rompre. Ce ne pouvait
être qu'ici, il en avait l'intime conviction. L'intérieur de la
"pièce" était aussi sombre que la porte qui en gardait l'entrée.
Noire et profonde, elle donnait l'impression de ne pas posséder de
limites. En son centre trônait un petit bureau de bois clair.
Juchée sur le rebord du meuble, une fillette à la peau brune et à
la chevelure étrangement claire le dévisageait avec insistance. Il
émanait d'elle une telle force...
L'homme trembla
lorsqu'elle prononça ses premiers mots.
- Que cherches-tu
?
Il resta sans voix.
Que cherchait-il vraiment ? Il n'aurait su l'exprimer avec la
limite que lui imposaient les mots.
- Que cherches-tu ?
Répéta-t-elle.
Elle avait vrillé sur
lui son regard. L'écrasant de toute sa puissance. Il ouvrit alors
la bouche, hébété. Il avait compris…
-
L'harmonie.
La filette sourit.
L'homme l'imita. Il avait compris dès que la sagesse du violet de
son regard avait rencontré le sien…
*
* *
Merci Pierre
pour tout ces univers que tu nous a fait découvrir !
(seuls les
lecteurs des trilogies d'Ewilan et de l'Autre comprendront la chute
^^)