
Au regard abattu qu’il me lance, Selma
fronce les sourcils et pince imperceptiblement les lèvres.
Les bras croisés sur sa poitrine, elle me toise en me
fusillant du regard. Je lève les yeux au ciel en signe de
protestation avant de finalement m’asseoir aux
côtés de Josh encore en train de se morfondre
silencieusement.
- Allez fais pas la gueule. On aura d’autres occasions
d’y aller au ciné, me suis-je
exclamée.

Un fin sourire s’étire sur ses
lèvres tandis que Selma s’installe en face de nous,
sans pour autant oublier de me jeter un coup d’œil
suspicieux. Je fais comme si je ne m’en étais pas
aperçue et loge ma main dans celle du jeune homme qui se
tient à mes côtés. Je ne sais plus très
bien comment me comporter vis-à-vis de lui. Dois-je encore
et toujours continuer à faire semblant ? Lui mentir et
lui faire croire que notre chemin nous mènera au même
endroit, quoi qu’il arrive ? J’ai beau tourner et
retourner la question en tout sens, une seule réponse me
paraît véritablement plausible et d’une
évidente limpidité, dont mon oubli de tout à
l’heure en est la parfaite illustration.
J’ai bien trop tendance à considérer la vie
comme un immense terrain de jeu, encore rythmée par
l’insouciance de l’enfance et le besoin utopique
d’un monde que je m’échine à trouver
merveilleux, pour ne pas un jour vouloir la fuir, avant
qu’elle ne finisse inexorablement par
m’étouffer…
Est-ce à ce point pitoyable de préférer la
soif inassouvie de liberté, à l’amour
inconditionnel d’un
homme ?
















