
Contre toute attente, il se
contente de m’arracher le papier des mains et de le jeter
dans la corbeille la plus proche, avant de me fusiller
de son éternel regard méprisant. Face à
lui, la signification du mot imbuvable prend tout son
sens.
- T’as pas besoin de ça. La prochaine fois tu y
réfléchiras à deux fois avant de
t’introduire dans l’intendance.
- Ah parce que tu crois que le prof va m’accepter en cours
sans mot d’excuse ? Lui ai-je
dédaigneusement craché.
- Ne t’en fais pas, tu ne seras pas la seule en retard
aujourd’hui, me répond-il en souriant
étrangement.
Je ne sais pas vraiment quel sens donner à ses
paroles, aussi me suis-je contentée de quitter la
pièce sans faire attention à son éternel
regard froid et méprisant que je sens peser lourdement sur
moi, et m’éclipse
rapidement.

(Il ne vous dit rien ce perso ?
)
Je parcours une bonne moitié du
lycée dans sa longueur pour enfin parvenir devant la salle.
J’hésite fortement à toquer, puis me
résigne finalement à tenter le coup. De toute
façon, hormis de me faire littéralement ridiculiser
en public je ne risque absolument rien…
- Entrez, annonce une voix grave et
posée.
Je pose une main sereine sur la poignée de la porte
que j’entrouvre doucement. Je pénètre dans la
salle sous le regard surpris de quels élèves et celui
plus désabusé, de mon professeur
d’histoire.
- Vas t’asseoir, m’ordonne-t-il sans pour
autant ne me demander aucune justification quant au motif de mon
retard. Tu as de la chance qu’aujourd’hui soit
une journée de retard collectif.
Je dévisage quelques personnes connues, fais un bref
signe de tête aux jumeaux et laisse mon regard
s’attarder sur la silhouette de Stacy, recroquevillée
sur sa chaise, au fond de la pièce. Son attitude me
surprend, elle qui est d’habitude toujours active, souriante
et bavarde ressemble presque plus à une personne morte
que vivante.

Je choisis de m’asseoir à la
table jouxtant la sienne pour ensuite lui lancer un regard
interrogateur auquel elle ne prête pas la moindre
attention.
- Stacy ? Ça va ? Lui ai-je
demandé.
Elle ne me répond pas et s’enferme un peu plus
dans son mutisme. Je tente alors mon coup avec Kali, la sœur
jumelle d’Ethan, littéralement avachi sur sa chaise
à l’arrière de la classe et qui me
dévisage en riant.
- Il se passe quoi ici ? Un cadavre a tenté de la
kidnapper ce matin ?
- Je n’en sais pas plus que toi, me
répond-elle simplement avec un petit
sourire.



















