
Un sourire chaleureux se dessine sur
son visage tandis que ses yeux verts mouchetés se plissent,
éblouis par les rayons du soleil. Il porte une main à
son front pour se soustraire de cette gêne passagère,
et me fixe ainsi avec insistance.
- Vos larmes démentissent vos paroles, finit-il par
ajouter doucement.
Je réprime un sanglot et le dévisage
intensément, en prenant garde à rester le plus
stoïque possible, sans que cela n’en paraisse cependant
volontaire ou délibérément
crispé.
- A votre avis, que font la plus part des gens quand ils se rendent
dans ce genre d’endroit ? Du tricot ? Ai-je
demandé avec un brin d’insolence, chassant de mes yeux
les dégâts causés par mes
larmes.
- Aux dernières nouvelles, la même chose que depuis
des millénaires. Ils vont mal.

Un rictus légèrement
moqueur se peint sur sa figure. Il semble presque amusé par
la situation qui s’offre à lui, comme si de pouvoir
ainsi tester les autres lui procurait un plaisir indéniable,
une petite victoire sur la monotonie du quotidien. Je pousse un
petit soupir, que j’essaye de rendre discret, mais une
lassitude sans nom pèse en cet instant sur mes frêles
épaules. Le poids des ans n’a toujours pas
réussi à me protéger totalement. Il existera
toujours des fardeaux qui seront trop lourds à porter,
désespérément trop durs à
oublier. Il existera toujours.
Malgré moi.
- Mal, oui c’est sans doute le mot, ai-je
soufflé.
Je relève la tête pour poser sur lui un regard
empli de mélancolie, voilé par mon étrange
curiosité face à cette étonnante ressemblance
physique qui ne fait que me troubler chaque seconde
davantage.
- Ça ira ?
J’élude sa question sans même m’en
apercevoir, et d’un geste de la main, dégage sans
grande conviction une mèche de cheveux qui me barre le
visage et m’avance doucement vers
lui.

- Vous lui ressemblez beaucoup, ai-je
finalement murmuré après quelques secondes d’un
silence pesant dans ce lieu de mort.
Surpris pour la première fois par mes paroles, il
fronce les sourcils qui se joignent en un arc de cercle presque
parfait. Devant son manque évident de répartie,
j’en profite pour m’attarder sur chaque trait de son
visage à la peau pâle. Les mêmes yeux rieurs, le
même nez légèrement retroussé et une
bouche tout aussi bien dessinée. Son épaisse
crinière blonde encadre parfaitement son visage, et accentue
la finesse de ses traits.
Seule la fine cicatrice zébrant sa lèvre me permet
encore de me raccrocher à ce semblant de
réalisme : ce n’est pas encore aujourd’hui
que les cadavres sortiront de leurs tombes pour venir retrouver les
vivants…
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Date de création : 01/02/08 / Dernière mise à jour : 12/11/09 18:25 / 157 articles publiés








ANOUK
ven 13 jun 2008 14:50