
Les yeux braqués dans ses
prunelles, je demeure silencieuse, fixant son visage pour mieux
m’en imprégner. Selma est stupide. Entretenir une
liaison avec un homme marié, père de deux enfants et
pilier principal d’une famille d’apparence
épanouie est vraiment la chose la plus mystérieuse et
idiote qui lui ait été donnée
d’accomplir. Le coup de foudre m’avait-elle dit la
première fois. Oui, le coup de foudre bien sur…
S’il avait fallu utiliser mes propres mots, je l’aurai
sans doute plutôt apparenté à un coup de
poignard. Une blessure dans le dos de l’un, et dans le
cœur de l’autre. Une relation qui ne devrait pas avoir
lieu d’être. Une passion vouée à
l’échec, mais en laquelle elle a quand même
décidé de croire.
- Excusez-moi, l’ai-je apostrophé,
avez-vous à tout hasard un double des
clés ?
Une lueur interrogatrice s’illumine dans son regard,
mais il acquiesce finalement d’un rapide signe de
tête.
- Bien sur, je ne suis pas encore sénile au point de laisser
Ethan seul dans cette maison avec la liberté de
s’enfermer à loisir.

C’est à mon tour
d’hocher brièvement la tête. Il n’a pas
totalement tort. Je dirais même qu’il a
entièrement raison. Sans se préoccuper davantage de
ma personne, Matt se met en marche et s’avance
jusqu’à la porte d’entrée avant de
rapidement insérer l’une des clés dans la
serrure, qui se déverrouille dans un bruit
métallique. Sans plus attendre, je m’élance
à sa suite et réprime un sourire devant le regard
déconfit de mon ami, immobile face à son père
qui le dévisage, une lueur amusé brillant dans les
yeux.
- Je vois que tu n’as pas perdu ton sens de l’humour,
constate-t-il avec ironie.

Gêné, Ethan ne trouve
rien à redire, ou alors il le tait si bien qu’il
n’en laisse rien paraître. Sans ajouter un mot, son
père se déleste de sa veste qu’il dépose
rapidement sur le porte-manteau jouxtant l’entrée, et
disparait le long du couloir après s’y être
rapidement engouffré. Ravie par le dénouement de la
présente situation, je lance à Ethan un regard qui en
dit long sur mon opinion vis-à-vis de ses crises
démentielles de susceptibilité.
- Oh ça va hein… grommelle-t-il en tournant
la tête comme un gosse niant son implication dans un plan
vaseux.
- Pour la première fois de ma vie, je crois bien que je
bénis ton père.
D’un bref haussement d’épaules, il
m’indique clairement qu’il se contrefiche pas mal de
mes opinions. Encore une réaction qui tend
véritablement à montrer que se soucier des autres
est, semblerait-il, le cadet de ses soucis
imminents.
- Ta sœur est dans sa chambre ? Ai-je
demandé.
- Surement ouais, se contente-t-il de
répondre.
Laissant là mes pensées immédiates et
sensiblement irritantes en compagnie d’Ethan, je
m’engouffre à mon tour le long du couloir au bout
duquel je disparais, sans un regard en
arrière.
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Date de création : 01/02/08 / Dernière mise à jour : 12/11/09 18:25 / 157 articles publiés

Nisiw
lun 19 mai 2008 19:44