
Je comprends son mépris et les
raisons de sa colère. Cependant, cette obstination à
vouloir à tout prix blesser l’autre me surprend
totalement. Passer sa vie à maudire quelqu’un
n’enlèvera jamais le poids qui pèse sur son
cœur. Alors même si cette véhémence la
soulage partiellement, elle n’en fera également que la
blesser encore davantage.
- Tu ne crois pas que tu devrais arrêter cette stupide
guéguerre avec ta mère. Ça ne t’apporte
rien, et même pire, ça te fait à
l’instant présent carrément mal à la
joue.

Un sourire amusé nait de mon étonnante
déclaration. Kali est une grande habituée de mes
allusions particulièrement
détournées.
- Si ce n’était que le mal de joue,
souffle-t-elle.
- Tu sais parfaitement ce que j’ai voulu dire, ai-je
rétorqué.
Un petit soupire excédé
s’échappe de ses lèvres entrouvertes. Elle sait
parfaitement que j’ai raison, mais n’arrive pas
à se résoudre à se lancer dans
l’exécution d’un tel acte. Ce serait comme
trahir son enfance, trahir cette haine féroce qui l’a
toujours opposée à sa mère. Il est de toute
façon trop tard pour pardonner, d’un côté
comme de l’autre. Les jeux sont faits, et ce depuis bien
longtemps…

- Allez, hors de question que je te laisse te
morfondre seule dans ta chambre à broyer du noir. Je connais
quelqu’un qui sera ravi de te voir débarquer à
l’improviste.
Le clin d’œil qui ponctue cette remarque fait
place à une moue dubitative sur le visage de mon
amie.
- Je ne suis pas sûre que…
Je la coupe d’un rapidement mouvement de main et
l’empoigne par le bras pour lui permettre de se relever.
Forcée de se tenir debout, elle se résigne finalement
à me suivre sans opposer de résistance. Je sais
qu’au fond, elle est ravie de pouvoir délaisser le
temps de quelques heures cet endroit miteux pour aller retrouver
des personnes chères…

Nous dégringolons les
escaliers sans croiser âme qui vive et nos pas nous
conduisent rapidement à l’extérieur de la
bâtisse. Je gratifie Kali d’un sourire confiant et
l’entraîne derrière moi sans plus tarder, elle
se laisse faire sans mot dire, et se contente de me suivre
calmement, sans que soit visible sur son visage la moindre trace de
joie ou de tristesse. Tiraillée entre un vide maternel et un
amour fraternel, elle se laisse sombrer dans
l’indifférence du moment… Alors si mon
frère est tout pour elle, j’espère
sincèrement qu’il parviendra à faire
renaître ce sourire qui illuminait auparavant son
visage…
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Date de création : 01/02/08 / Dernière mise à jour : 12/11/09 18:25 / 157 articles publiés

choosie
mar 01 jui 2008 19:06