
Mon regard parcourt la pièce
avec avidité, avant qu’il ne se pose et se fige sur un
portrait, à demi masqué par les sombres enceintes
quasiment collées contre le mur. Par simple
curiosité, je m’approche et m’accroupis pour
détailler le portrait d’une jeune femme au sourire
lumineux. Sa peau pâle, ses cheveux d’un noir de jais
et ses iris foncées me rappellent brièvement
quelqu’un, mais aucun nom ne semble vouloir se dessiner
dans mon esprit. Je connais cette personne, j’en suis sure.
Ou tout du moins, je connais quelqu’un du même
sang…
Un brusque raclement de gorge me fait sursauter. Je ne connais que
trop bien à qui appartient cette voix hautaine et un bref
frisson me parcourt le corps…

- Ta sœur est plutôt jolie,
ai-je murmuré sans me
retourner.
A l’instant même
où Tyler avait pénétré dans cette
pièce, mon cerveau avait fait le rapprochement. La seule
chose qui m’empêchait de relier le portrait de cette
jeune femme à celui de cet homme était simplement son
sourire. Celui que je n’ai jamais vu sur ses propres
lèvres. Là où l’un semble inspirer la
confiance et le bonheur, l’autre ne peut que susciter la
crainte et le mépris…
- Prends tes aises je t’en prie, cingle-t-il
d’une voix mauvaise.
Les bras croisés contre son torse, il me toise avec
son habituel air froid et dédaigneux. Le seul sentiment
qu’il semble décidément en mesure
d’exprimer. Une illusion permanente derrière laquelle
il peut se fondre sans n’en laisser rien
paraître.

- J’allais partir, ai-je
précisé en me levant.
- Mieux vaut pour toi que tu t’y tiennes…
La menace voilée derrière un écran de
mépris me percute de plein fouet. L’espace d’un
instant, je me prends à éprouver une incommensurable
pitié envers cet être brisé par cette vie qui
ne veut plus de lui. A force de vouloir la fuir et la rejeter,
celle-ci a fini immanquablement par se venger. Elle frappe,
inlassablement, détruit les barrières que chacun
s’efforce tant bien que mal de créer. La vie nous
mettra tous à genoux, quoi qu’il arrive. Et pourtant,
lui il reste toujours là, inébranlable. Comme si les
choses n’avaient plus aucun poids, aucun impact. Seule
l’accompagne cette terrible indifférence. Puisque sa
vie n’a plus de raison d’être vécue, elle
n’a pu n’y laisser qu’un vide… Un vide
sans fond, dans lequel il peut se laisser aller à croire que
son existence n’a plus aucun
sens…
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Date de création : 01/02/08 / Dernière mise à jour : 12/11/09 18:25 / 157 articles publiés

Nisiw
lun 19 mai 2008 20:34